Le changement comme expérience ou l’histoire d’une traversée…

Publié par FCV le

LE CHANGEMENT COMME EXPERIENCE OU L’HISTOIRE D’UNE TRAVERSEE…

Le changement, dans un premier temps, est une expérience intérieure. Il prend racine au plus profond de l’être, bouscule les forces de l’habitude, brouille les repères tout en questionnant l’identité. Le changement engendre souvent des ruptures et bouleverse le monde intérieur. Il occasionne une fracture là où précisément s’est enlisé la croyance d’une continuité des choses. Le changement s’avère comme la seule réponse à un manque existentiel et appelle à une traversée…

Pour entreprendre ce long voyage, un prétexte est nécessaire. Celui-ci prend la forme le plus souvent d’un symptôme (1). Il est alors l’occasion d’une interrogation, d’une réflexion sur la fragilité de l’existence voire d’une périlleuse remise en question sur soi. Le changement réclame sa part de détachement, d’éloignement et de basculement. Il exige l’abandon d’un certain vécu. Ne nous trompons pas, le symptôme est aussi, par sa seule présence, un puissant levier de changement. Il est à la fois le signal, l’alerte et la conséquence.

Le symptôme fragilise certes et il peut concentrer en son centre tout ce qui limite, empêche et contraint. Il peut être tout à la fois le condensé, d’un mal-être, d’une existence appauvrie et quelque fois la sclérose de ce qui n’est plus et qui pourtant exerce encore un pouvoir redoutable. Il maintient présent sous une forme anxiogène et obsédante ce qui n’a plus lieu d’être mais dont le deuil est encore difficile. Le symptôme est un restant de vie qui perdure… Il s’accroche à une position hégémonique qui cristallise une façon d’être et de faire du passé. Ceci dit le symptôme porte aussi en lui-même ce qui peut être source de libération, ce qui précisément doit être abordé et réfléchi autrement.

LE SYMPTÔME EST UNE INVITATION A UN BASCULEMENT

Le symptôme, au-delà de représenter ce qui a dominé jusqu’alors, est aussi une invitation à un basculement, souvent vécu comme un chambardement. Le symptôme, par sa présence, prévient de l’amorce d’un nécessaire changement. Il est lui-même ce par quoi les choses vont bouger. Il est le signal d’une expérience à venir, souvent perturbante. Le symptôme est la voie douloureuse du changement. Il est la forme inquiétante d’un mouvement qui tourne au ralenti, et à la fois, qui se donne à voir. Il est habité par l’angoisse d’un mouvement qui s’enlise. Il est à la fois l’handicap et le changement. Le symptôme est l’intrus, celui qui signale la présence d’un trop ou d’un pas assez.

Le symptôme réquisitionne beaucoup d’énergie pour son propre fonctionnement. Il annexe des ressources et développe sa zone d’influence toujours plus loin, au point de devenir parfois l’unique centre de préoccupation. Il invite à l’interrogation. Il questionne l’écart entre le vécu quotidien et les aspirations profondes. Il témoigne, par sa présence, d’une difficulté à être soi-même et à vivre au plus près de ce qui est juste pour soi.

Le changement débute souvent par un symptôme insistant. A cause, ou grâce, à ce symptôme, le sujet se donne l’occasion de se raconter, de faire du symptôme l’opportunité d’un temps de parole. Et c’est ainsi que grâce à l’acceptation et à la compréhension du lien de cause à effet du symptôme, la voie d’un réinvestissement de la vie dans la vie devient possible. Il est vrai que le symptôme montre du doigt les ambivalences, les contradictions, les errances, qui ont étayé sa construction. Il est généralement composé des multiples oublis à soi-même et que l’on a cautionné d’une façon ou d’une autre. Le symptôme appelle à reconfigurer le logiciel du quotidien. Il est l’inscription dans le corps de la mutilation d’une partie de soi.

LE CHANGEMENT CONVIE A UN IMMENSE CHANTIER : CELUI DE LA REEDUCATION DE SOI

C’est ainsi que le changement convie à un immense chantier : celui de la rééducation de soi. Celle-ci passe par une réorientation de sa vie vers ce qui a du sens. C’est une remise en marche d’une partie de soi-même, celle qui, précisément, a été oubliée. Il est question alors de renaître à soi-même, de se décoincer de certaines croyances et limitations. Il y a une liberté à conquérir ou à reconquérir… Se reconnecter à ses valeurs, les incorporer dans un quotidien qui a du sens, se découvrir comme un sujet adulte, auteur et acteur de sa vie, tel est le voyage auquel le symptôme nous convie. Il n’est pas que l’ombre d’une partie de soi, il est aussi potentiellement sa lumière dès l’instant où nous comprenons de quelle vie contrariée et contrainte il est issu. Le changement c’est d’abord accueillir ce que le symptôme représente comme écart dans notre vie, comme déroute personnelle, comme oubli de soi.

LE CHANGEMENT PASSE PAR UNE BIENVEILLANCE A SOI-MÊME

Le changement passe par une bienveillance à soi-même. Prendre conscience des besoins fondamentaux du corps et de la façon la plus juste d’évoluer, et ce, avec humilité et douceur, c’est s’accorder précisément cette bienveillance nécessaire. C’est accepter l’existence d’une blessure en soi pour enfin la soigner et lui témoigner de notre capacité à prendre soin d’elle. Il y a à ramener de l’attention dans nos faits et gestes, à s’inscrire dans plus de justesse dans nos pensées et nos comportements.

Changer, c’est prendre la mesure de ce qui a été vécu, de suspendre les répétitions et de se réinscrire dans son histoire, celle qui a du sens. C’est recevoir ce qui émerge, sans jugement, pour engager une réconciliation avec soi-même. Changer, c’est mobiliser de la force pour se redéployer autrement, pour tisser sa vie avec plus de conscience, pour susciter en soi de la considération.

Si le symptôme est le signe d’un oubli à soi-même, il est aussi le rappel de l’existence, l’amorce d’une puissance de renversement. Il est le symbole ambivalent d’un chaos imminent qui peut, tout aussi bien détruire que reconstruire. Changer, c’est se délier de certains attachements. C’est poser un regard différent sur soi-même, c’est de se défaire de ce qui a été utile hier mais que ne l’est plus aujourd’hui.

Changer, c’est le prix d’une traversée. Encore faut-il accepter d’embarquer…

Roger DAULIN

Coach de vie et formateur

Président de la FCV

(1) Le symptôme est pris ici au sens le plus large. Il englobe tout aussi bien les somatisations, les a priori, les conditionnements, les répétitions, etc.

 


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