Le cadre, une fonction contenante au cœur du dispositif de l’accompagnement

Publié par FCV le

LE CADRE, UNE FONCTION CONTENANTE AU COEUR DU DISPOSITIF DE L’ACCOMPAGNEMENT

Le cadre est inhérent à la mise en place d’une relation d’accompagnement. Pas de cadre, pas d’accompagnement ! Il est une condition essentielle à « un vivre ensemble évolutif entre l’accompagnant et l’accompagné ». Sa présence est vitale. Se priver d’un cadre référentiel rend caduc tout processus d’accompagnement. Qu’un professionnel tente de s’en affranchir et ce faux pas devient un dysfonctionnement qui engendre inévitablement des dégâts collatéraux.  Une pratique sans un cadre régulièrement ajusté conduit à des débordements, des fourvoiements et à des enlisements. N’oublions pas qu’il est ce par quoi tout devient possible, dans le respect, le libre-arbitre et la bienveillance. De quoi se nourrit-il ? Comment s’articule-t-il ? Que contient-il ?

Le cadre accueille et se poste au confluent de nombreux mouvements : la demande portée par le client, l’implication de l’accompagnant, l’accueil des paroles échangées, ce qui est dit et pas dit, les attentes, les besoins, les désirs, les manques, les espérances, les transferts, les intentions, l’intentionnalité, bref, les courants sont nombreux, parfois contraires, tumultueux pour certains, irrépressibles, obsessionnels, voire tyranniques pour d’autres.

Quel rôle joue le cadre ? En premier lieu, il limite et délimite. Il circonscrit un espace dans lequel se déroule la relation d’accompagnement. En dehors de cet espace, il n’y a pas d’accompagnement possible. En le limitant, il préserve. La relation d’accompagnement, en s’inscrivant dans un cadre référentiel, évite de projeter sur l’autre des désirs, des attentes, des croyances ou des jugements : le sauvegarde ainsi la liberté des personnes en présence. Il rappelle à chacun son rôle. Par exemple, le professionnel est attendu là où se situe sa compétence et ce pour quoi il reçoit une rétribution.

Le cadre est le lieu où « ça se passe, ça s’échange, ça communique, ça évolue ». Encore faut-il que les règles soient posées afin qu’un « vivre ensemble respectueux » puisse s’élaborer et s’incarner. Le cadre référentiel est tout à la fois un dispositif qui clarifie, un contrat qui sécurise et une fonction qui contient.

LE CADRE EST UN DISPOSITIF QUI CLARIFIE, CONTIENT ET SECURISE

Le dispositif propre à l’accompagnement n’est pas identique à celui d’une relation d’aide ou d’une relation de conseil. La spécificité d’une relation d’accompagnement induit des paramètres différents. Accompagner, c’est se joindre à quelqu’un qui en fait la demande, dans un temps partagé (durée d’une séance) mais aussi l’accueillir tel qu’il est, là où il en est et de cheminer à ses côtés, là où il va, en facilitant son questionnement et l’émergence de nouveaux possibles. Cela suppose une relation de personne à personne, de sujet à sujet. Cette relation est contractuelle, d’un côté une compétence, de l’autre une demande. C’est ainsi que le cadre accueille ces données, régule et facilite leur cohabitation.

Le cadre s’appuie sur le respect de principes déontologiques et éthiques, ainsi que sur un professionnalisme sans cesse questionné. Ces éléments sont incontournables pour un accompagnement adapté, juste et doté d’une réelle qualité de présence à l’autre. Cette présence à l’autre exige un réglage constant de la posture de l’accompagnant, dans sa distance et sa proximité, dans sa disponibilité et son attention, dans sa tolérance et son accueil. La présence à l’autre grandit dans la façon d’explorer et d’affiner l’art, la manière et l’implication d’être avec et à côté du sujet accompagné. Etre présent dans la relation, c’est être attentif aux mouvements de son corps et à la justesse de la distance à l’autre. Trop grande ou trop réduite, la juste distance nécessite une mise au point permanente, sollicitant et parfois bousculant l’accompagnant au plus profond de ses zones d’ombre. C’est la qualification d’une juste distance qui pose la relation d’accompagnement. C’est une distance qui n’a pas à être bonne. Elle doit seulement être ajustée à la relation, au contexte et à l’évènement. C’est une distance qui reconnait les territoires respectifs de chacun –accompagnant et accompagné- ce qui suppose le respect de l’espace, de l’intimité et du projet de chacun.

Le cadre permet de clarifier que l’accompagnement est tout à la fois une posture, une dimension intérieure et une dynamique relationnelle. L’accompagnement ouvre un entre-deux qui permet à ce qui est dû à l’autre (client), de s’exprimer dans le champ inépuisable du possible. La dimension soutenante du cadre permet à l’accompagné de prendre appui sur elle. L’accompagné évoque ainsi avec confiance ses attentes, ses besoins et ses demandes. Un cadre posé avec rigueur devient un espace d’expérimentation, d’évolution et de transformation dans le respect et la bienveillance.

Le respect du cadre évite au professionnel d’être omnipotent, dans sa toute puissance. Cela implique un ensemble de règles, de consignes mais aussi un positionnement et une conduite à tenir. Le cadre évite des comportements inadaptés ! Un cadre se caractérise par du contenant et du repérable, pour l’accompagnant comme pour l’accompagné. Le cadre est aussi pour l’accompagnant un lieu de réassurance pour son être, pour son relationnel et pour son professionnalisme.

Si pour certains, le cadre est un format qui renie une forme de liberté, il est largement démontré par la pratique et l’expérience de l’accompagnement, que c’est précisément tout le contraire qui se vit. C’est la qualité et l’ajustement permanent du cadre qui garantit la liberté et le libre-arbitre.

Le cadre doit être consistant, c’est-à-dire alimenté par tout ce qui fait le quotidien d’un professionnel (posture, présence, structure de la séance, questionnements sur le vécu etc.). Qu’il soit solide est tout aussi indispensable, c’est-à-dire qu’il puisse tenir face aux assauts répétés du client, qui n’hésitera pas à le tester, à le confronter, quelques fois à le malmener. Le cadre doit de résister aux différentes pressions de la relation. N’oublions pas qu’il préserve, protège et implique les personnes concernées par la relation d’accompagnement en cours. Il permet à l’accompagnant  de maintenir une disponibilité et une adaptabilité à l’autre, un accueil sans jugement, sans à priori, sans attente et une réceptivité à ce qui est là…

LE CADRE EST UN DISPOSITIF VIVANT

Le cadre est un dispositif vivant, en mesure de considérer la spécificité de chaque rencontre. Le cadre est aussi un support qui facilite la dimension pédagogique de la démarche. Il favorise et soutient l’évolution de la pratique, avec confiance et sérénité. C’est un dispositif qui met en lumière ce qui est à interroger, questionner, modifier et réguler chez l’accompagnant.

Le cadre favorise un travail de repérage, de mise en perspective, une analyse personnelle, une lecture des situations rencontrées et vécues. Il permet d’optimiser et d’authentifier une pratique professionnelle. Il est à considérer comme un support de progression et d’évolution.

Evoluer dans un métier de l’humain, un métier qui engage vis-à-vis de l’autre, qui propose de l’accompagner, nécessite de se questionner et de réactualiser sans cesse sa posture, son savoir-faire et son savoir-être : c’est le rôle du cadre.

Roger DAULIN    

Président de la FCV          

 

 


Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :