Quand le coach de vie s’oublie lui-même ! 

On parle souvent du lâcher-prise comme d’un Graal. Pourtant, nous oublions parfois que c’est d’abord…un acte intérieur du coach de vie lui-même. Dans l’accompagnement, il y a toujours un subtil fil tendu entre présence et efficacité, posture et action, ouverture et attente.

Or, dans le feu de l’accompagnement, le coach de vie peut lui aussi « prendre » : Prendre appui sur ses outils, ses croyances, ses a priori, ses envies de bien faire -voire de « réussir » la séance-. Et, sans s’en rendre compte, il sature l’espace. Il encombre l’entre-deux relationnel entre lui et le client.

Alors…que se passe-t-il quand il s’autorise à ne rien prévoir, à ne rien forcer, à ne rien attendre, à ne rien « faire » …mais à être ?

La scénette qui suit est née de multiples échanges. Elle met en lumière ce moment subtil où l’accompagnant-coach de vie prend conscience de sa propre emprise et découvre un espace inattendu : celui de la confiance inconditionnelle sur les possibles de la personne coachée, du non-savoir pour l’autre et à la place de l’autre et d’une posture radicalement ouverte et réceptive à ce qui est.

Contexte

Lieu : salle de formation – cercle de partage- ambiance attentive mais détendue.

Stagiaire : Stéphane

Formatrice : Claire

Dialogue 

Stéphane : Franchement, je me suis senti inutile pendant cette séance. Je ne lui ai rien apporté. Le client n’avançait pas, et je n’avais rien à lui proposer ! J’ai eu le sentiment…de l’avoir abandonné.

Claire (Sourire) : Tu veux dire que tu n’as rien fait ?

Stéphane  (Mal à l’aise) : J’ai pensé que je n’étais…rien ! J’ai attendu une ouverture, un déclic de sa part, quelque chose d’intéressant … mais rien ! Et j’ai culpabilisé. Comme si j’étais venu les mains vides.

Claire : Et si je te disais que ce que tu appelles « rien », moi j’entends peut-être, ton premier vrai… lâcher-prise !

Stéphane (perplexe) : Oui mais alors, il est involontaire ! (Après quelques instants de silence)… mais, j’ai juste été là. Sans questions, sans outil, sans rien…

Claire (Sourire franc) : Exactement. Et tu crois que ce n’est rien, mais c’est énorme. Tu as cessé de prendre appui sur ton plan, ce que toi tu voulais voir émerger. Tu t’es tenu en somme…disponible !

Stéphane (Toujours dubitatif) : Oui, peut-être mais c’est involontaire !

Et à la suite du silence de Claire, Stéphane reprend la parole.

Stéphane : J’attendais un résultat, une avancée. Et elle n’est pas venue.

Claire (penche la tête et avec un sourire) : Mais qui te dis ça ? Ton mental de coach ou le retour du client ? Et puis…une avancée selon qui ? Toi ?

Stéphane (Se fige un instant) : Ah. Touché.

Claire (avec une voix plus douce) : Tu sais Stéphane, si nous parlons autant de lâcher-prise, c’est parce qu’il y a prise quelque part. Et bien souvent…chez le coach de vie lui-même ! Cette attente de réussir la séance, de servir à quelque chose.

Mais « être utile », ce n’est pas « faire ». C’est « être ». Présent, centré, sans attente, sans vouloir pour l’autre. Et quand tu es cela, tu ouvres un espace. Immense. L’entre-deux s’élargit. Et le client s’y installe tôt ou tard, à son rythme.

Stéphane (en pleine réflexion) : Donc… je dois accepter de ne rien avoir à proposer parfois ?

Claire (ferme et calme) : Exactement. Abandonne l’image de la séance parfaite. Lâche l’idée que tu dois « faire » quelque chose. Et fais le constat de ce qui émerge quand tu ne remplis pas l’espace.

Stéphane : (soupire, puis hoche la tête) : Wow. Ok…. Ça secoue, mais ça fait du bien. Merci.

Claire (clin d’œil complice) : C’est ça, l’art du coach de vie : ne pas faire, mais être là quand le client lui, décide d’y aller. Car cet instant est imprévisible. C’est de l’ordre de l’inattendu. Et le coach de vie se doit d’être prêt à recevoir, accueillir et accepter le client et son inattendu au moment où ils se présentent tous les deux !

!

Conclusion 

Et nous pouvons nous demander si l’art de coacher n’est pas l’art de désencombrer…

Lâcher-prise ne signifie pas se détourner du client, ni se retirer de la relation. Bien au contraire ! Cela signifie se désencombrer de ce que l’on croit devoir « apporter » à la personne coachée. Comme l’artiste qui un jour arrête de remplir sa toile et découvre que c’est l’espace blanc qui donne vie au tableau !

Dans cet espace « vide mais vibrant », plein de possibles pour le client, il s’autorise à se rencontrer. Il retrouve sa souveraineté, sa capacité à explorer, sans tuteur (in)visible ni main sur son épaule.

Le lâcher-prise de l’accompagnant-coach de vie, loin d’être un abandon, est un acte puissant d’humilité, un « retrait au profit de », une invitation silencieuse qui murmure : « je suis là, présent. Et tu peux y aller, librement, quand tu peux, quand tu veux et lorsque cela sera juste pour toi ! ».

Et maintenant, à vous de repérer dans votre pratique d’accompagnant-coach de vie, là où le lâcher-prise peut opérer…

Roger Daulin, Mentor

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Catégories : Dialogues

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