Un coaching de vie au cœur d’une transmission de savoir-faire en entreprise

Publié par FCV le

Un coaching de vie au cœur d’une transmission de savoir-faire en entreprise

Une mission qui a marqué mon parcours de coach de vie m’a été confié par le PDG d’une PME de 100 personnes. Spécialisée dans la coutellerie de luxe, une partie significative de son savoir-faire était entre les mains d’un professionnel de plus de 65 ans, ingénieux, passionné, infatigable perfectionniste et « qui a du caractère » me précisa mon interlocuteur de façon pudique.

« Monsieur Henri B. a épuisé cinq apprentis, trouvant d’après ces dires, ces jeunes blancs becs incapables et fainéants.  Mais il en va de la pérennité de l’entreprise de trouver un successeur à Mr Henri B. Cette transmission doit se faire ! Pouvez-vous coacher cette passation d’expérience ? Nous venons de recruter un jeune gars qui semble avoir une formation de base conforme à nos besoins et une solide motivation ».

« Et Monsieur Henri B. qu’en pense-t-il ? » demandai-je prudemment.

« Il faut voir ce qu’il a dans le ventre ce jeunot. Il a une bonne tête mais l’habit ne fait pas le moine ! » me répondit Henri B. lors d’une entrevue destinée à expliquer les modalités du coaching de vie commandé par son patron.

Capitaliser l’expérience de Monsieur Henri, comme j’ai fini par l’appeler à l’instar de tout le personnel, de faciliter durablement le transfert de compétences tout en valorisant humainement cette démarche, tel était l’objectif de la mission. Celui de Monsieur Henri était de transmettre son savoir-faire acquis sur le tas « à quelqu’un qui en vaut le coup ! ». Celui de Xavier T. 27 ans, bac+2, prêt à collecter les bonnes pratiques et à faire un usage productif de cette transmission.

En tant que coach de vie, l’exercice ne fut pas facile !

D’une capitalisation d’expériences à une transmission pérenne, l’exercice ne fut pas facile. Tout d’abord pour Xavier T. qui a du ravaler plus d’une fois sa fierté, courber l’échine, accepter d’être jugé impitoyablement chaque jour et piégé quelque fois par Monsieur Henri. Pour ce dernier, qui, au fur et à mesure de la transmission vivait de façon mêlée le plaisir de passer le relais et la frustration de se laisser déposséder. « Je me sens à poil » a-t-il lâché plusieurs fois en bougonnant.

Régulièrement en tant que coach de vie j’ai dû repréciser et reposer le cadre…

L’accompagnement de ce binôme fut rude ! Des portes ont claqué parfois, des voix se sont élevées, et plus d’une fois j’ai du repréciser et reposer le cadre de ce coaching de vie. Plus de 20 séances ont été nécessaires. Ma mission s’est organisée sur la base d’un coaching en binôme sur des séances de 2 heures tous les 3 / 4 jours. Le planning était volontairement très serré.

Clarifier la démarche, permettre à Monsieur Henri et à Xavier T., au-delà de leur objectif personnel respectif, de se retrouver, de partager et d’atteindre un objectif commun, objectif consenti et approuvé, tel a été le fil conducteur de cette mission. L’un et l’autre ont mis en place une organisation, des moyens et des étapes intermédiaires pour faciliter la passation et l’intégration de ce savoir-faire.

Un climat propice pour une transmission…

Qu’un climat propice pour une transmission de savoir-faire entre les deux coachés puisse se mettre en place, tel était l’objectif de ce coaching de vie. Et les étapes intermédiaires consistaient pour Monsieur Henri de raconter son expérience, de l’expliciter, de la formaliser, et pour Xavier T. d’écouter, d’analyser, de comprendre et d’intégrer l’expérience impressionnante de Monsieur Henri ! Et plus encore, de cerner les petits secrets de Monsieur Henri, et il en avait beaucoup !

La difficulté pour le coach de vie…

La difficulté pour moi en tant que coach de vie a été de maintenir un cadre suffisamment sécurisant pour que les deux personnes coachées puissent à un moment donné s’ouvrir et se livrer. Et que cette transmission puisse se dérouler dans un climat serein ! Les séances se déroulaient sur un terrain neutre, c’est-à dire à l’extérieur de l’entreprise.

Et il y a eu un moment fort dans ce coaching de vie !

A la moitié de la mission, il y a eu un temps de bascule qui restera gravé dans ma mémoire. Jusqu’alors chacun des protagonistes se maintenait sur un échange très professionnel, peu porté à confier leurs états d’âme. Un jour cependant, Xavier T. prononça ceci à voix basse, à l’adresse de Monsieur Henri : « Merci infiniment pour ce que vous m’enseignez. Je réalise et je sens dans tout mon corps ce que peut être une transmission d’un père à un fils ».

Le silence se fit. Un silence épais et dense.

Une immense émotion a teinté cette phrase. Et Xavier T. de rajouter « je me demandais ce que cela faisait que d’avoir un père qui partage quelque chose d’important avec son fils, car je n’ai pas connu mon père ».

Ce fut comme une bombe émotionnelle qui explosa. Pendant 30 secondes, personne ne parla. En tant que coach de vie je m’abstins de toute parole, du moindre geste. J’en profita pour renforcer mon ancrage et mon centrage ! Et toujours un silence assourdissant…

Monsieur Henri posa sa main sur l’avant-bras de Xavier T. Aucune parole ne fut échangée. Puis, avec un raclement de gorge, Monsieur Henri poursuivit son explication sur un point précis de la fabrication.

A l’évidence, un basculement a eu lieu…

A partir de ce jour-là, rien ne fut comme avant. La transmission devint totale. Encore aujourd’hui, plusieurs années après cette mission, Monsieur Henri et Xavier T. se revoient en dehors de l’entreprise, parlent « technique » et du métier qui évolue.

En tant que coach de vie…

Mon rôle en tant que coach de vie a été de reposer sans cesse le cadre de la mission et de ramener chacun à ce qui leur faisait sens, de créer un climat de respect, de confiance, empreint de considération.

J’ai accompagné Monsieur Henri dans sa prise de conscience progressive, et de l’importance pour tous de cette transmission. Et que celle-ci apportait une valeur forte à son parcours professionnel. Quant à Xavier T. Il a su, avec beaucoup d’humilité et de simplicité, prendre sa place.

Tout l’enjeu de cette mission a été de veiller au déploiement de l’objectif commun de ce binôme, à savoir la convergence mutuelle entre le plaisir de transmettre et le bonheur de recevoir.

Je laisse à l’histoire de savoir si l’accompagnement coaching de vie a été indispensable à la réussite de cette transmission. Mais je suis malgré tout convaincu qu’il fut une réelle plus-value.

Roger DAULIN

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