A la source du coaching de vie : Socrate et la maïeutique

Publié par FCV le

A LA SOURCE DU COACHING DE VIE : SOCRATE ET LA MAÏEUTIQUE

L’accompagnement coaching de vie ou coaching humaniste trouve son ancrage philosophique au cœur même de la maïeutique. Celle-ci se définit comme « l’art de l’accouchement de l’âme ». A la faveur d’un échange questionnant, ce qui est caché et non encore révélé à la conscience surgit au détour d’une pensée, d’une émotion ou d’un ressenti. C’est pour l’accompagné l’opportunité de naître à autre chose, à une autre réalité, à une autre perspective, comme un dévoilement soudain. Que suppose ce mouvement ? Est-ce seulement le fruit d’une méthode ? En quoi la maïeutique, mode traditionnel de l’accompagnement, est source d’influence pour le coaching de vie ?

Platon fait mention de Socrate dans ses textes comme le fondateur de la maïeutique. Cette dernière est présentée comme une technique de basculement, de retournement, de réminiscence (1), en d’autres termes, de questionnement, de recherche, de découverte et de connaissance de soi. Plus brièvement : comment être et devenir qui l’on est !

Socrate proclamait la vertu du questionnement comme dispositif relationnel visant à mobiliser, à mettre en mouvement, à creuser, afin d’aller au-delà des apparences, des conditionnements et des répétitions que le quotidien familial et sociétal génèrent systématiquement. Mais très vite l’étrangeté de ce questionnement apparaît : l’accompagnant n’attend rien de particulier en réponse à ses questions et l’accompagné se questionne et se répond à lui-même ! De prime abord, c’est une articulation curieuse qui s’opère entre le coach de vie et le coaché.

Le dispositif mis en place par l’accompagnant ressemble à un miroir, à une surface réfléchissante qui donne à voir, à entendre et à laisser résonner. C’est ainsi que se propagent en soi les répliques conscientes et inconscientes issues de ce dispositif relationnel. D’une certaine façon, l’accompagné se met lui-même sur sa voie…

La connaissance est déjà là. Il suffit de l’accoucher

Au cœur de la maïeutique comme de l’accompagnement coaching de vie, un postulat est posé : la connaissance est déjà là, en chacun de nous. Il suffit de la réveiller, de l’accoucher en quelque sorte. Il s’agit de retrouver en soi qui l’on est. De multiples questions surgissent alors… Le client ne peut-il se connaître tout seul ? Pourquoi a-t-il besoin de passer par quelqu’un d’autre ? Et, plus encore, comment se fait-il qu’il apprend plus sur lui-même lorsque l’accompagnant est silencieux à son égard ?

Socrate prône avant tout de renvoyer chacun à lui-même pour qu’il puisse se découvrir en autonomie grâce à un retournement, à un regard porté à l’intérieur de soi. Ce mouvement orienté vers la profondeur de soi est alors accompagné et soutenu par des questions ouvertes et sans intention, des questions qui entretiennent le processus d’exploration du bénéficiaire sans l’orienter, sans visée particulière.

Pour l’accompagnant coach de vie la notion de « bonnes questions » n’existe pas. Il est attentif à préserver les conditions adéquates dans lesquelles le client peut continuer à explorer et à chercher ce qui lui manque. Le dialogue évoqué par Socrate et mentionné en début d’article n’est qu’un dialogue apparent. Certes l’un et l’autre cherchent. S’ils ne cherchent pas la même chose, ils cherchent malgré tout : l’accompagnant cherche à maintenir un milieu ambiant propice au questionnement et au cheminement intérieur et l’accompagné à découvrir en lui les réponses à ses questions. Le premier cherche et le second se cherche… Et c’est précisément cette influence réciproque de chercheur (1) qui maintient, entre autre, la dynamique de l’accompagnement.

« Le premier (l’accompagnant) sait qu’il ne sait pas, qu’il ne connait pas la réponse pour son client, et le second (l’accompagné) ne sait pas encore qu’il sait, qu’il possède en lui la réponse à ses questions. Mais le premier sait que l’autre sait sans le savoir, et le second croit que le premier sait alors qu’il ne sait pas (1) ». L’accompagnant coach de vie peut ainsi dire ensuite : « mon client n’a rien appris de moi, il a trouvé par lui-même ses réponses (1) ».

L’étrangeté de cette situation relationnelle séduit autant qu’elle laisse perplexe. Susciter la réflexion, encourager l’énergie exploratrice du questionnement, mobiliser une quête personnelle qui a pour vocation le changement, l’évolution et la transformation, tel est le rôle de l’accompagnant coach de vie. C’est ainsi que Socrate nomme l’accompagnant : le veilleur. Veiller à ce que le bénéficiaire puisse se relier à lui-même, à ses manques et surtout à ses besoins. Veiller à entretenir ce mouvement sans jamais convertir le client à ses propres croyances et jugements. C’est pour cela que l’accompagnant coach de vie doit renoncer à ce qu’il sait pour ne pas se substituer au savoir naissant de l’accompagné. Ce qui est entretenu dans la relation d’accompagnement par le coach de vie c’est moins le contenu et l’intelligence des questionnements que le mouvement qui les anime. Accueillir ce qui rythme l’émotionnel, la pensée ou le sensoriel c’est recevoir et prendre soin de l’afflux qui cherche à se faire entendre et à prendre forme.

Cela relève davantage d’une posture que d’une technique… En ce qui concerne l’accompagnant il s’agit de se mettre en disponibilité, d’entrer en humilité dans cette démarche, de renoncer à un savoir là où précisément l’accompagné peut se prévaloir d’une idée, d’une perception, d’une réponse à ses propres questionnements.

Accompagner c’est être là, tout simplement

Accompagner c’est être là, tout simplement. Attentif, bienveillant, ouvert à ce qui surgit dans cet entre-deux, à ce qui déroule, se déplace, s’élabore et s’articule autrement. L’accompagnement coaching de vie installe dans son processus deux principes majeurs relevant de l’enseignement de Socrate : prendre soin de la relation et œuvrer à la connaissance de soi.

A l’accompagnant de prendre soin de ce qui se joue dans cet entre-deux, d’habiter une posture sans intention, sans visée, sans emprise, afin que l’accompagné puisse se découvrir, se rencontrer librement, s’exercer à réaliser qui il est réellement afin de diriger par lui-même sa destinée. Il est question pour le bénéficiaire de se connaître afin que cette vérité intérieure logée dans la profondeur de l’Être débouche sur une application concrète dans sa vie. Ce travail d’intériorisation, cette mise en lumière des besoins, des manques, des désirs, des attentes, ne répondent évidemment pas à un narcissisme qui clôt mais plutôt à un mouvement qui ouvre sur le monde.

L’accompagnement réside précisément à se joindre à quelqu’un qui en fait la demande, qui est accueilli tel qu’il est, là où il en est, et qui décide d’aller quelque part. Il ne s’agit pas pour l’accompagnant d’aller vers l’autre avec je ne sais quelle intention, volonté et savoir mais bien de le recevoir comme il se présente et de pouvoir lui signifier « va vers toi ! (1) ». Il devient évident que ce « va vers toi ! » engage l’accompagné dans une direction différente que s’il entendait l’injonction suivante de la part du coach de vie « viens vers moi et entend mes conseils, mes avis, mes préconisations ». En enclenchant ce « va vers toi » l’accompagnant privilégie une démarche qui permet au coaché d’advenir à lui-même.

L’accompagnant coach de vie est un passeur, un facilitateur, un accoucheur d’être

Sous le regard bienveillant de l’accompagnant, le coaché opère un retournement, une conversion, un éveil à lui-même. L’accompagnant coach de vie est un passeur, un facilitateur, un accoucheur d’Être. La connaissance c’est à lui-même que l’accompagné va la devoir. Il devient celui qui sait pour lui. Cette conduite, qui va de la découverte de soi à l’incarnation de soi et, ainsi, à la prise en main de sa destinée est précisément ce sur quoi Socrate insistait : placer l’individu dans un rapport autre à lui-même, innovant, créatif et producteur de sa propre vie. La compréhension, la connaissance et la mise en acte de ressources nouvelles par la personne elle-même est l’essence même de la visée socratique.

« J’ai foi en l’autre, c’est pour cela que je l’accompagne » Socrate

« J’ai foi en l’autre, c’est pour cela que je l’accompagne ». Socrate pose ainsi un des fondements de l’accompagnement, décrit clairement le processus qui engage le travail en coaching de vie : le maintien de la posture pour l’un, l’exploration de terres intérieures inconnues pour l’autre. La foi en l’autre ouvre sur une immensité des possibles, sur l’inconnu et l’énigme de l’autre. Où tout cela va conduire les deux protagonistes ? Nul ne sait à priori mais l’un s’engage à faciliter l’accouchement de l’Être et l’autre à se réaliser.

La nature et la qualité de la relation sont déterminantes dans ce qui se joue entre l’accompagnant et l’accompagné. La maïeutique, telle que Socrate la définissait, consiste à mettre en place un dispositif, celui de l’accompagnement et à créer de l’espace pour que celui-ci devienne un lieu d’émergence, de surgissement et de jaillissement. L’art du questionnement favorise un processus d’intériorisation et de connaissance de soi. Socrate évoquait la nécessité de se rencontrer pour se découvrir, de pointer ce qui relie et ce qui se délie en soi, de trouver ce qui fait sens pour occuper ensuite avec justesse, une place, une vie, une destinée…

L’accompagné est ainsi invité à être acteur et auteur de sa vie à partir de son propre capital humain, de ses ressources, de ses capacités et de ses expériences personnelles. Et cela ne peut être possible que si l’accompagnant coach de vie ne sait pas à la place de l’accompagné.

Gusdorf écrivait « ce qui distingue les hommes les uns des autres, c’est leur histoire ». Il s’agit alors de respecter l’histoire et celui qui la met en œuvre.

La relation d’accompagnement pose le postulat que la connaissance et le développement de soi engendrent plus d’autonomie, d’efficacité, de conscience et d’humanité. Elle favorise l’autoréflexion : celle-ci ouvre la voie de l’autonomie, de la responsabilisation et de l’émancipation.

 

Roger DAULIN

Coach de vie et formateur

Président de la FCV

  • L’accompagnement : une posture professionnelle spécifique Maela PAUL Ed L’Harmattan

 

 


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