Coaching de vie : la place, le rôle et le sens des mots

Publié par FCV le

COACHING DE VIE : LA PLACE, LE ROLE ET LE SENS DES MOTS

La parole est le médian principal du coaching de vie. Pour le coaché, les mots révèlent, expliquent, précisent, orientent… Chaque mot s’élabore en accueillant et en incarnant une détermination, celle de dire et d’être entendu. Qu’ont-ils à laisser entendre ? Un manque, un désir, un besoin…
Naturellement, les mots attestent d’une histoire en mouvement qui espère se raconter et s’affranchir du silence dans lequel elle erre. Grâce aux mots énoncés, l’histoire devient consistante. Le coaché, en évoquant sa demande, se livre à une consommation de mots. Ceux-ci le portent et le renseignent sur son questionnement et son niveau d’espérance. Les mots tentent d’expliquer et de rendre compte de ce qu’il vit. Les mots impliquent, ouvrent, libèrent et désenclavent. Ils contribuent au désenlisement et à la mise à jour de sa vie.

Dire est tout à la fois un passage et un franchissement

Dire est un acte premier. Cela augure d’une ouverture à un autre monde. Dire est tout à la fois un passage et un franchissement. Il n’est pas aisé de dire lorsque les mots sont encombrés d’un passé, étouffés par des conditionnements ou asservis par des injonctions. En invoquant le rôle des mots, il convient aussi d’évoquer la place du silence. Les mots ont le pouvoir de coloniser le silence et de l’assujettir. Le silence, cet intervalle dans le dire, n’est en rien un vide, une absence ou une rupture. Le silence est cet instant dans lequel les mots font une pause ou refusent de s’incarner. Entre le silence et les mots, s’agit-il d’une histoire d’errance, de co-errance, de résistance ou de délivrance ? Les mots se désenclavent-ils du silence ? Ou bien le silence est-il le témoin silencieux bienveillant de ce qui va naître, s’élaborer et se verbaliser ? Existe-t-il, entre eux, une stratégie d’alliance et de complicité ?

Jaillissant du silence, les mots s’accompagnent d’images, de ressentis, d’émotions. Ils dévoilent, mettent à nu ce qui est enfoui depuis longtemps, trop longtemps parfois. Les mots, pour la plupart d’entre eux, sont l’habitat du passé. Ils appartiennent à une mémoire et viennent hanter le présent. Ils portent les traces des expériences d’hier. Ghyslain Lévy évoque dans son livre, « Le don de l’ombre »(1), la notion de « revenance ». Les mots ont cette force de « revenance », constitués des fantômes errants dont leurs deuils est nécessaire pour s’ouvrir au changement. Lorsqu’ils surgissent au début d’une séance de coaching de vie, lors d’une demande ou de l’expression d’un besoin, les mots sont habités par une force conservatrice errante. Dans l’épaisseur des mots, la présence obscure du passé cohabite avec l’espérance d’une ouverture vers un autre monde. Dire devient ainsi une expérience…

C’est ainsi que le coaching de vie s’apparente à une opération de dévoilement. Le dedans des mots est souvent réticent à se livrer. C’est par petites touches successives que l’insaisissable des mots se dévoile et se raconte. Grâce à une bienveillance et à un accueil inconditionnel par le coach de vie, les mots exprimés par le coaché s’extirpent de l’opacité dans laquelle ils se dissimulent le plus souvent. Il y a alors retournement et basculement de la parole. Celle-ci se clarifie, le non-dit s’étiole et l’énigme contenue dans chaque mot s’éloigne.

L’homme entretient un double jeu avec les mots. Lorsqu’il dit, il dit ce qu’il dit et par le silence, il tait ce qu’il ne peut encore dire. Les mots sont porteurs d’une toute puissance. Ils peuvent nouer ou délier, ouvrir ou clore un sujet.

Les mots concourent au plaisir de dire, de raconter, et de livrer soudainement ce qui était de l’ordre, jusqu’alors, de l’indicible et de l’imprononçable. Les mots osent et s’exposent dès que la considération et le non jugement sont présents dans la relation coach de vie et coaché. La qualité d’écoute et d’accueil de l’accompagnant coach de vie contribue à une mise en cohérence des mots, de ce qui jaillit comme histoire de l’obscur.

Les mots incarnent et donnent du sens à une histoire

Les mots participent à ce moment d’actualisation, de réconciliation où tout, finalement, s’harmonise et donne du sens à l’histoire. Les mots, en s’affranchissant du silence dans lequel ils s’étaient cloturés, entérinent et créditent l’existence d’un champ de possibles insoupçonné jusqu’alors. Les mots, précisément, n’ont-ils pas vocation à décloturer lorsqu’ils sont accueillis sans a priori ? Le rôle des mots n’est-il pas de défaire, de délier avant de donner accès ?

Le temps du coaching de vie est un temps préparatoire à comprendre ce qui s’énonce, se libère et se reconstruit.

Guidé par l’intelligence des mots, par le mouvement qui les anime et grâce à des délestages successifs, le coaché s’aventure, se réinvente et s’ouvre à d’autres perspectives.

Accompagner signifie accueillir l’indissociabilité du dire et du non dire. C’est se défier d’un dualisme conduisant à des rapports analysants et explicatifs ou seul ce qui est dit est pris en compte. Accepter et accueillir à la fois le dit et le non-dit est une expérience révélatrice, quelque chose d’ouvert qui s’explore.

C’est le dispositif que propose in fine le coaching de vie : inscrire d’emblée le dire et le non dire comme une seule et même entité. C’est poser dans la relation à l’autre une toute autre logique. Accorder une identique importance au dire comme au non dire, sans rien dissocier, exclure ou induire. Une telle expérience rend inséparable les deux facettes d’un même mouvement. Il s’agit désormais d’assumer ce que cela implique : ne pas réduite l’être humain seulement à ce qu’il dit. La valeur d’une existence tient autant à ce qui est exprimé qu’à ce qui reste dans l’espace du silence. Il est nécessaire que le « continent noir » du non dire ne reste pas en marge de ce qui est accueilli.

L’accompagnement coaching de vie est unitaire : seule cette dimension promeut l’humanisme dans la relation à l’autre. Si la vie quotidienne s’accommode de ce qui est dit en évitant le non-dit, l’existence quant à elle, n’en fait pas l’économie.

Exister et être en relation comme accompagner et être accompagné, s’envisagent en prenant en compte toute la dimension de la parole : à savoir ce qui est dit et pas dit. L’homme ne peut être étranger à une partie de lui-même, dut elle être silencieuse…

Roger DAULIN Formateur et coach de vie
(1) Le don de l’ombre – Ghyslain Levy – Ed Les Deux Océans

 


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