... ou comment je finis parfois dans la baignoire !

Dans le coaching de vie, il y a ce que nous apprenons. Et puis… il y a ce que nous vivons.

Il y a les postures impeccables, les silences habités, les questions puissantes. Et puis il y a ces moments beaucoup moins glorieux, beaucoup plus humains… où, sans vraiment comprendre comment, nous glissons.

Nous nous approchons un peu trop.

Nous nous sentons soudainement concernés.

Nous voulons subtilement aider.

Nous commençons, pas à pas, à conseiller.

Et soudain… Plouf (1)!

Bienvenue dans ces instants de vérité que tout accompagnant connaît, mais dont nous parlons finalement assez peu. Pour en parler autrement, voici une petite histoire. La mienne.

Oui, moi, Roger. Et non, pour une fois ce n’est pas un prénom d’emprunt.

Mais vous verrez… je pourrais même, à certains moments, vous ressembler étrangement.

Roger, coach de vie… presque « parfait » !

Moi, c’est Roger. Coach de vie. Accompagnant. Professionnel de la posture juste, de l’écoute active et du silence habité (enfin… sur le papier).

Ce matin-là, je suis prêt. Centré. Aligné. Presque lumineux, si, si…

Je m’installe. J’ouvre mon carnet, au cas où… Et je me dis intérieurement : « Roger, respire. Accompagne au bout du bout… tu es un espace… rien qu’une présence. »

Bref. Moi, Roger, je me sens au sommet de mon art !!

Le début de séance… tout en fluidité

Le client arrive. Il s’assoit. Il commence à parler.

Une histoire de boulot. Un manager compliqué. Une sensation d’injustice.

Je hoche la tête doucement. Parfait. Je suis là. J’écoute. Mieux encore, j’entends. Je respire. Je suis un lac calme…

Puis le client ajoute : « Et ça me fait penser à ce que j’ai vécu avec mon père… »

….

Ah.

Petit frisson.

Le premier orteil dans l’eau

Je reste digne. « Ce n’est pas ton histoire, Roger. Tu accompagnes. Tu n’entres pas… Surtout, tu n’entres pas dans l’histoire… Ce n’est pas la tienne… ».

Le client continue. Il parle de colère, de frustration, d’impuissance. Et là, dans un coin de ma tête, une petite voix se réveille : « Oui mais quand même… il pourrait faire autrement, ce manager. Franchement ».

Très bien. Enfin, façon de parler car je viens de mettre un orteil dans l’eau.

Et là… soudainement l’envie d’aider

Le client soupire : « Je ne sais pas quoi faire… ».

Et là… LA phrase intérieure arrive. Celle qui surgit et qui ne pardonne pas : « Aide-le ! ». Alors, moi, Roger, coach centré, aligné, plus très lumineux je dois le reconnaître… je dis : « Peut-être que vous pourriez… enfin, une piste serait de… ou alors vous pourriez lui dire que… »

Et PLOUF !

Le genou.

Puis la taille.

Puis… immersion complète.

Roger dans la baignoire (1)!

 Une minute plus tard, soyons honnêtes : je ne suis plus accompagnant coach de vie.

Je suis un conseiller stratégique, spécialiste du management anti-toxique, consultant de prise de décision expresse, et légèrement… impliqué émotionnellement. Bon, d’accord… beaucoup impliqué.

Et dans ma tête ça donne : « Non mais il faut qu’il lui parle ! Ou qu’il parte ! Ou qu’il pose des limites ! Enfin qu’il fasse quelque chose !! ».

Pendant ce temps-là…

Le client me regarde. Tranquillement. Assis sur le bord de la baignoire.

Parce que pendant que moi, Roger, je fais le crawl dans SON histoire… lui, bien sûr, il a arrêté de nager depuis longtemps.

Le grand moment de solitude

Et puis il y a ce moment. Ce moment terrible. Le moment de lucidité.

Je m’entends parler. Je me vois parler. Je me vois… conseiller.

Moi. Roger. Le mec qui, il y a 7 minutes, méditait intérieurement sur « être un espace, être une présence ».

Silence.

« Ah. »

Sortir de la baignoire (avec dignité si possible !)

 Alors, je tente de faire ce que peut faire un Roger digne (ou à peu près et mouillé jusqu’au cou).

Je respire.

Et je dis : « Je réalise que je suis en train de vous proposer beaucoup de choses… et je me demande ce qui est juste pour vous, là, maintenant. »  

Histoire de me raccrocher aux quelques branches qui restent à ma portée…

Et là… Magie.

Le client revient.

Il réfléchit. Il parle. Il reprend sa place.

Et moi, doucement, je sors de la baignoire. Sans éclabousser. Avec un peu de dignité ou… ce qu’il en reste.

Les ploufs : des passages obligés ?

Parce que la vérité, c’est que… les ploufs, ça arrive. Même à Roger !

Même les jours où Roger est centré.

Même les jours où Roger a bien dormi.

Même les jours où Roger a relu ses dernières notes de supervision.

Et, j’aimerais tant vous dire que l’expérience vaccine, que les années protègent, que, passé un certain cap, Roger ne tombe plus jamais…

Eh bien non.

Les années n’immunisent pas Roger contre les ploufs. Elles font autre chose. Elles lui apprennent à les reconnaître plus vite. A tomber avec un peu plus de conscience ! Et surtout, à remonter avec un peu plus de douceur.

Ce que Roger a appris (souvent en étant mouillé)

Avec le temps, j’ai compris deux ou trois choses (oui, Roger continue d’apprendre…).

Le moment où je sens que j’ai très envie d’aider… c’est souvent le moment où je dois me taire.

Le moment où je me sens très concerné…. c’est le moment de respirer, pas d’agir.

Le moment où je pense savoir… c’est le moment de poser une question.

Rester au bord… vraiment

Et surtout…

Le client n’a pas besoin que je saute dans l’eau avec lui. Il a besoin que je reste au bord. Assez proche pour être là. Mais suffisamment loin pour ne pas chercher à comprendre, à analyser et surtout à solutionner à sa place !

Conclusion : Roger, encore un coach de vie… humain !

 Alors oui… parfois, encore aujourd’hui… Je fais plouf. Oh, juste un petit plouf discret. Rien de spectaculaire (enfin… pas toujours).

Mais maintenant, je sais faire quelque chose de précieux : sortir de la baignoire. Me sécher. Sourire. Et reprendre ma place.

Parce qu’au fond, être un accompagnant, ce n’est pas ne jamais tomber. Ce n’est même pas -et surtout- devenir « imperméable ».

C’est accepter qu’il y ait toujours, quelque part une baignoire mal placée… et un Roger un peu trop confiant.

Être un accompagnant coach de vie professionnel, c’est savoir remonter. Sans emporter le client avec soi.

Et avec les années… Le vivre un peu plus vite. Un peu plus consciemment. Et avec, toujours, une pointe d’humour, ça aide…

Signé : Roger (expérimenté certes… mais possiblement éclaboussé lors d’une prochaine séance !).

Roger DAULIN Superviseur FCV coaching de vie

    • Notes de l’auteur : « Quand je dis que je fais « plouf », ça veut dire que je me laisse embarquer dans l’histoire du client. Au lieu de rester à ma place d’accompagnant, je fais « plouf ». C’est-à dire que je tombe dans l’histoire de l’autre sans m’en rendre compte. Je commence à ressentir comme si c’était mon histoire, à réagir, à m’impliquer… et je ne suis plus vraiment en train d’accompagner, je suis déjà dans l’eau. Et « prendre le bain avec le client » c’est quand je nage avec lui, je partage d’une façon ou d’une autre ses émotions, je participe à l’histoire. Ainsi, je perds ma place professionnelle d’accompagnant parce que je suis devenu un personnage de la scène. Et là, nous sommes dans un mélange des eaux et je ne sais plus très bien ce qui vient de lui et ce qui vient de moi.

    Dans ces moments-là, je perds la justesse de ma posture en réagissant avec mes émotions, et la personne coachée, elle, risque de ne plus être vraiment accompagnée… mais entraînée dans quelque chose qui ne lui appartient pas complètement ».

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    Catégories : Ethique et posture

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