Quand le besoin profond perce le Moi et devient demande

Note de dégustation intérieure

Avant de plonger dans les méandres de l’Être, prenons un instant pour tendre l’oreille à un cri discret, presque fondant : celui de la part manquante du camembert. Oui, ce fromage à pâte molle et à croûte fleurie devient ici bien plus qu’un simple produit laitier -il devient une métaphore vivante, une image savoureuse du manque intérieur, de cette part de soi qui cherche à être comblée, entendue, reconnue.

Le « cri du camembert », c’est ce murmure existentiel qui ne se contente pas d’être rempli à la va-vite. Il aspire à une écoute véritable, une attention profonde. Il évoque ce besoin essentiel, souvent enfoui sous les couches du quotidien, qui pousse l’Être à se chercher, à se dire, à se révéler.

Dans le cadre de l’accompagnement-coaching de vie, ce cri devient un signal précieux. Il guide le cheminement, il éclaire les détours de l’âme, les sillons du ressenti, les failles du silence intérieur. Il est une énigme à savourer lentement, une invitation à explorer les replis du Soi avec curiosité et bienveillance.

Alors, est-ce une simple métaphore ? Ou bien plus que cela ? Une expérience à vivre, à goûter, à ressentir ? A vous d’en juger. Car parfois, c’est en croquant dans une image inattendue que nous accédons à une vérité plus digeste.

Il est des manques qui ne se comblent pas avec un snack !

Et des faims qui ne trouvent pas leur satiété dans un frigo bien rempli… Ce sont des besoins profonds, des appels de l’Être, des murmures du fond de la cave intérieure. Et parfois, ces murmures deviennent des cris. Des cris qui traversent les couches de notre personnalité comme une cuillère traverse un camembert bien affiné.

C’est cette traversée que nous allons explorer ici, avec humour, tendresse, et un soupçon de spiritualité… lactée !

Le cœur fondant : la Source, le Soi, le non-agir

Imaginez. Au centre de notre camembert (1) existentiel se trouve le Soi. Pas le petit moi qui veut un café, mais le grand Soi, celui qui ne veut rien en particulier, qui est juste là, dans le silence… ou pas ! C’est le non-agir (2), la présence pure, la Source originelle.

C’est ce que Dürckheim appelle l’Être. Et la percée de l’Être (3)-c’est ce moment où nous touchons à quelque chose de plus grand que soi, sans l’avoir nécessairement cherché, sans l’avoir voulu. C’est le lait cru de notre essence, avant toute pasteurisation sociale.

Mais ce cœur fondant est souvent inaccessible. Trop enfoui. Trop subtil. Trop… spirituel pour le quotidien. Alors, il reste là, à murmurer doucement, en attendant que nous l’écoutions, ou mieux, que nous l’entendions.

La croûte du refoulé : là où généralement le besoin se perd

Autour du Soi, une couche plus coriace : le refoulé. C’est la croûte. Celle que nous grattons parfois, que nous évitons souvent. C’est là que les besoins profonds se perdent, se déguisent, se taisent.

Nous y trouvons les « je ne mérite pas », les « ce n’est pas le moment », les « je vais déranger ». C’est le garde-manger de nos censures intérieures.

Le besoin profond y circule comme une odeur qui cherche une sortie. Il est là, il insiste, mais il n’a pas encore trouvé la faille. Il attend la percée. Il attend que le Moi se fissure un peu, juste assez pour laisser passer une miette de vérité.

La tranche du Moi : agir, réagir, demander

Et puis, il y a le Moi. Dernière couche. Celle qui englobe les deux premières et qui fait face aux multiples sollicitations de l’extérieur. Ce Moi, c’est celui qui vit, qui parle, qui occupe le terrain du quotidien, qui fait des courses et des listes de tâches. Le Moi est pratique. Il est fonctionnel. Il est aussi souvent débordé.

C’est lui qui reçoit le besoin profond, mais il ne le reconnaît pas toujours. Rarement serait plus juste… Il le transforme en envie, en caprice, en exigence. Il dit « Je veux un massage » alors que le Soi aspire à « j’ai besoin d’être touché ».

Le Moi est comme une tranche de camembert bien découpée : bien présentable, socialement acceptable, mais parfois un peu sec. Il fait ce qu’il peut avec ce qu’il comprend. Et il comprend rarement le langage du fondant.

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La percée : quand le besoin profond fait son trou… sans faire de bruit

Et puis parfois, ça perce. Mais pas comme une revendication. Pas comme un exigence. Pas comme le Moi qui tape du pied en disant « je veux qu’on m’écoute ». Non. Le besoin profond (4), lui, ne crie pas. Il résonne. Il ne demande pas, il se pose comme une évidence.

C’est un frisson de justesse. Une sensation d’alignement. Comme si, soudain, quelque chose en nous disait : « Voilà. C’est ça ». Pas « je veux être vu » mais « je suis prêt à occuper ma place ». Pas « j’ai besoin d’être aimé » mais « je suis en accord avec l’être que je suis ». Pas « je veux qu’on m’écoute » mais « ce que je dis est vrai, même si personne ne l’entend ».

C’est là que Dürckheim entre en scène, avec sa Percée de l’Être, titre d’un ouvrage clé de ses enseignements. Ce moment où nous ne faisons pas que parler de soi – nous sommes nous-mêmes. Où le besoin profond traverse les couches non pas comme une revendication, mais comme une lumière qui trouve enfin son chemin.

Le Moi, souvent, veut être validé. Le besoin profond, lui, aspire à être vrai et à s’incarner. Et quand il perce, ce n’est pas qu’un cri. C’est une clarté. Une justesse. Une paix intérieure.

Comme un camembert qui, après des semaines de maturation, atteint enfin son point d’équilibre. Ni trop fait, ni trop jeune. Juste…lui-même !

Conclusion

Le besoin profond n’est pas un caprice. Ce n’est pas une envie passagère, ni une demande (5) formulée à la hâte entre deux échanges. C’est une vibration. Une résonance. Une vérité qui cherche à se dire, non pas pour être seulement entendue, mais pour être incarnée.

Quand il perce, ce n’est pas un cri -c’est une évidence ! Une sensation d’alignement intérieur, comme si les couches du camembert avaient enfin trouvé leur juste place. Le moi, souvent, veut être reconnu. Le besoin profond, lui, cherche à être vécu.

C’est là toute la beauté de cette percée : elle ne cherche pas à convaincre, elle ne cherche pas à plaire. Elle est. Et dans ce « être », il y a une paix, une densité, une saveur que même les meilleurs affineurs ne peuvent reproduire.

Alors, la prochaine fois que quelque chose en toi cherche à se dire, ne l’écoute pas comme une demande. Entend-là comme une justesse qui tente de se dire et d’émerger. Comme une vérité qui ne veut rien, mais qui est tout.

Et peut-être dans ce mouvement intérieur, tu entendras ton camembert intérieur te murmurer : « Enfin je suis prêt.e ».

Roger DAULIN Superviseur FCV coaching de vie

  1. Le terme « camembert », bien connu dans le monde des statistiques et des représentations graphiques, s’invite ici avec malice comme métaphore pour explorer les différentes parts de l’Être. En réactualisant ce schéma circulaire de façon humoristique -de la demande au Moi, jusqu’au besoin profond et au Soi- l’auteur propose une lecture vivante et humoristique des espaces intérieurs qu’il traverse. Cet article en éclaire le fonctionnement et la dynamique essentielle.
  2. Le non-agir (Wu Wei). Principe taoïste, le non-agir ne signifie pas ne rien faire, mais agir sans effort, en harmonie avec le flux naturel des choses. C’est l’art de laisser être, sans forcer – comme l’eau qui suit son cours sans résistance.
  3. « La percée de l’Être ou les étapes de la maturité » Ed Le courrier du Livre 2013 (5e édition). Karlfried Graf Dürckheim (1896-1988) était un philosophe, psychothérapeute, et il était surtout connu pour avoir intégré les enseignements du zen japonais à une approche occidentale de la transformation intérieure. Il a fondé un centre de psychothérapie des profondeurs et de rencontre spirituelle en Forêt-Noire, où il a développé une approche de travail sur soi en alliant psychologie, spiritualité et pratiques corporelles. Inspiré par la psychologie des profondeurs et la pensée de K.G. Dürckheim, ce « camembert de l’Être » illustre les différentes strates de la personne -de la demande initiale au Moi, jusqu’au besoin profond et au Soi. Une cartographie intérieure pour mieux comprendre le chemin de la transformation, de l’épanouissement, et de l’accomplissement.
  4. Le besoin profond, ou besoin de l’Être, dépasse les besoins fonctionnels ou psychologiques habituels (comme manger, dormir, réussir, etc.). Il touche à une aspiration intérieure plus vaste : celle de se réaliser pleinement, de vivre en accord avec sa nature profonde, de faire l’expérience du sens au travers d’une situation de vie (objectif de vie) visant à incarner ce besoin de l’Être dans une existence.
  5. Un évènement du quotidien, même anodin en apparence, peut être le révélateur d’un appel plus essentiel. En coaching de vie, il s’agit moins d’explorer la demande initiale, que de questionner la personne dans ce qu’elle vit, ressent et cherche à exprimer. C’est ainsi que nous accueillons l’Être dans sa globalité, et qu’une réponse plus vaste, plus juste et plus transformatrice peut émerger -répondant à la fois au besoin profond et le plus souvent, indirectement, à la situation concrète formulée au départ du coaching de vie.

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