Et alors ?…

Publié par FCV le

« ET ALORS ?… »

C’est une question qui ne s’attarde pas. Elle est posée, mais elle aurait pu ne pas être posée. Au détour d’une phrase, dans le prolongement d’un silence, dans l’angle mort d’une réflexion avortée, cette question, cette simple question est une mise en jeu qui relance l’interrogation en renvoyant l’accompagné à son énergie exploratrice.

Je vous l’accorde, cette question « et alors ? » ne brille pas par son ingéniosité. Elle ne se soucie pas du contenu d’une éventuelle réponse. Juste une question relais, une question qui ne vise rien en particulier, qui n’oriente pas, qui ne véhicule aucun savoir désireux de s’épancher. Une question simple à laquelle d’ailleurs l’accompagné ne prête guère d’attention.

C’est ce qui arrive aux questions anodines (1). Elles sont souvent posées dans le tissage temporel d’un échange verbal presque de manière convenue, mine de rien, peut-être même passent-elles inaperçues. Ces questions simples sont dénuées de perspectives et d’intentions. Elles rencontrent l’autre dans l’anonymat. Elles ne créent ni un évènement, ni un bouleversement, du moins en apparence. Pourquoi alors les évoquer, leur consacrer un article, me direz-vous ? Pour la seule raison qu’elles participent au processus de l’accompagnement. Est-ce parce qu’elles sont discrètes et quelconques qu’elles ne pourraient pas bénéficier d’une attention particulière ? D’autant plus que ces questions simples assurent du lien et du liant. En intervenant, elles créent un prolongement, une suite à ce qui serait tenté de rester en suspens ou de se refermer précipitamment. Elles sont un trait d’union entre ce qui est dit et pas encore dit. Peut-être que rien d’autre ne sera dit, mais peut-être que si… Ces questions simples rappellent au souvenir, à ce qui tente de se déployer, de se dire.

En repoussant toute précompréhension elles interrogent, s’adressent à ce qui est en question et plus précisément à ce qui est mis en question. Cet article est une invitation à les prendre en considération. Il serait injuste de les réduire à de simples réactions de l’accompagnant lorsque, par exemple, un silence entre lui et l’accompagné devient insistant et lourd.

Les questions simples ramènent à la chose elle-même, à ce qui est en mouvement, à ce qui se travaille, à ce qui s’éveille. La simplicité désarmante de ces questions s’adresse autant à l’apparence qu’à l’être, à ce qui se dit et se montre, mais aussi à ce qui ne s’articule pas encore, ce qui reste muet et dissimulé.

Les questions simples, dénuées de direction, d’attente et d’emprise, vont jusqu’à toucher là où précisément l’intelligence analytique d’une question plus élaborée échoue. Que questionne le « et alors» ? Dans sa simplicité cette question ne s’embarrasse pas de futilité, de complexité. Autrement dit, les « et alors ?…mais encore ?…et ? » relancent l’interrogation intérieure, la réflexivité, le mouvement originel inhérent à toute recherche. Nul ne sait à qui et à quoi s’adressent ces questions si simples et pourtant si désarmantes. Quelle est la partie ainsi interrogée de l’accompagné ? Comment sont-elles accueillies ? Que vont-elles susciter ? A quelle histoire vont-elles redonner de la place ?

Les questions simples donnent un second souffle au processus inconscient. Dans les replis de celui-ci, dans le secret de ses méandres, seule la naïveté de la question se faufile, se fraie un passage, accède à l’inconnu, à l’énigme de l’autre. Mais précisément au cœur du mouvement, là où la simplicité de la question interroge, réside ce qui se réserve, résiste et se dissimule à toute tentative d’emprise.

Les questions simples réactivent les connexions et les liens. Elles résonnent là où l’on ne s’y attend pas. Elles dérangent le cours des choses. Là où peuvent s’entendre les questions, ça résonne, ça instruit, ça circule… Rien que pour ces raisons, elles méritent le temps de cette modeste tribune, de ces quelques lignes et de cet éclairage.

L’inconscient est peu accessible au questionnement direct. La relance par ces questions simples, par ce langage indirect provoque du déroulé, du prolongement, de la suite voire du déplacement. Le sujet est questionné à la marge par les questions simples, pas frontalement. Quelque chose de la certitude est contourné par l’indirect de la question et par sa simplicité. Ce qui avait été mis hors de question est ainsi questionné. Ce que « ça dit » de nouveau traverse l’accompagné. Il peut ainsi donner de la parole et du sens à ce qui avait été jusqu’alors mis de côté, hors de réponse. Ce qui gît dans cet obscur se réveille enfin : il y a du dire à venir, il y a du possible à accueillir.

L’efficacité de ces questions simples est due, à n’en pas douter, à l’impossibilité ou presque d’y fixer un savoir. C’est de cette absence d’a priori et de présomption que quelque chose se dit, répond et se raconte. Ce qui est jusqu’alors non révélé se révèle, encouragé, voire tranquillisé par la naïveté et la non intention de la question simple. Des croyances non interrogées sont sollicitées, des pensées verrouillées sont dérangées, des évidences ensommeillées sont questionnées. De belles conciliations, voire des réconciliations, se profilent.

La simplicité rassure. Les questions simples, en peu de mots, contribuent à réinitialiser un lien abandonné.

Roger DAULIN – Coach de vie et formateur – Président de la Fédération de Coaching de Vie.

  • (1) Le dispositif que la relation d’accompagnement génère et met en place s’appuie grandement sur l’art du questionnement, cher à Socrate. Cet art du questionnement fait appel, entre autre, à des questions simples du genre « Et alors ?… Mais encore ?… Et puis ? etc…). Elles ont pour effet de relancer, si nécessaire, le mouvement réflexif de l’accompagné en lui permettant de bénéficier de l’amplitude des questions ouvertes, et, par ailleurs, de la non directivité et de la non intention de l’accompagnant coach de vie.

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