L’ELOGE DU TEMPS, ou l’art de proposer du temps au temps…

Publié par FCV le

L’ELOGE DU TEMPS, ou l’art de proposer du temps au temps…

La question de la temporalité en coaching de vie surgit rapidement. De la durée des séances au délai entre les séances elles-mêmes, de la lenteur à la rapidité des réponses à des questions, du délai nécessaire à l’émergence des solutions, aux prises de conscience jusqu’à l’objectif à réaliser, font naître chez le client comme chez le coach de vie une évidence : l’accompagnement coaching de vie nécessite du temps.

Le temps est un allié, un support, un outil, en somme un facteur indispensable. Le temps est nécessaire à l’accueil de ce qui se dit, de ce qui ne se dit pas encore, de ce qui peut-être ne se dira jamais. Il faut du temps pour qu’une parole émerge et engendre de la compréhension et du sens. Il est utile aussi pour le silence, pour contenir des périodes de stagnation, pour offrir de l’hospitalité à des retours en arrière inévitables. Le temps c’est de l’espace, du rythme, un présent à entendre, un futur à imaginer. Il y a le temps psychique mais aussi celui de la relation à l’autre comme celui de la mise en œuvre. Le temps du questionnement, du changement possible voire de la transformation n’est pas celui de l’action / réaction. Mais aussi ce qui se tisse entre le coach de vie et le coaché nécessite de la persistance, une longueur de temps, une durée…

Le principe de la temporalité est un sujet en soi. Il confère à la mission de coaching de vie de l’épaisseur, de la densité et du contenant. La temporalité facilite une rythmique dans laquelle des phases d’accélération, de pause et même de retour en arrière sont possibles. Chaque phase s’influence mutuellement et font partie de la même réalité d’un mouvement.

Le changement réclame sa part de temporalité. Proposer du temps au temps indique que ce changement ne surgit pas à la première prise de conscience. D’ailleurs, celle-ci est certainement passée par des temps de stagnation, d’avancée fulgurante et de maturation lente. Cela veut dire que le coaché comme le coach de vie doivent supporter pour l’un et accompagner pour l’autre des périodes de vide, de plein, d’élimination et de remplissage. C’est dans cette temporalité qui avance à son rythme que le coaché se débat avec ses questionnements, ses réponses, ses choix, ses désirs, ses réalisations. Il tente de cohabiter avec l’ensemble de ses flux et déflux, de s’en extraire pour mieux se projeter, en présence de son coach de vie, dans un avenir prometteur.

Le temps qui s’écoule tisse, en premier lieu, un lien unique entre le coach de vie et le coaché. Cette rencontre est singulière par le simple fait que l’un enrichit, délie et fait grandir son histoire, et l’autre s’inscrit dans la durée de la relation comme un témoin de ce qui se vit, se réalise et s’accomplit chez son client.

Le temps c’est de l’espace, du contenant et du rythme pour un présent à entendre et un futur à imaginer. Il est composé de temps psychique, corporel, émotionnel, énergétique et d’une mise en œuvre qui ne résonnent pas de la même façon, au même moment et avec la même intensité.

Proposer du temps au temps dans un quotidien toujours plus en accélération est une des ressources du coaching de vie. Il s’agit de se donner du temps, de s’offrir un espace et de la durée pour que des perceptions, des compréhensions et des vécus s’assimilent et s’assument. Il est question de s’octroyer alors le moyen d’intégrer son passé, d’être plus consistant dans son ici et maintenant et de progresser vers l’inconnu avec plus de sécurité ontologique.

Le temps en coaching de vie est comme une enveloppe qui rassure parce qu’elle contient. Elle offre un contour qui étaye et consolide. Les vécus, les paroles, les ressentis, les émotions sont accueillis dans cet espace temporel pour qu’ils soient repérés, répertoriés et mis en perspective afin d’en relever du sens.

C’est aussi le temps qui facilite la mise en œuvre d’une espace relationnel en lui procurant de la persistance et de la confiance. Il faut du temps pour qu’une relation entre un coaché et un coach s’épaississe, se renforce et se solidifie. Le temps encourage le client à dire et à raconter. Il expérimente dans la durée le fait d’être entendu, vu, accepté au cœur d’un échange relationnel sans attente et sans jugement.

Le temps qui s’écoule en conscience est comme un lien qui se tisse entre ce qui a été, ce qui est et ce qui sera. Il n’est pas un support inerte. Tout au contraire il soutient à la fois les réflexions, les actes, leurs empreintes et leurs conséquences. Le coaching de vie apprend à s’extraire d’une logique action / réaction. Il est entendu que pour s’approprier un vécu, pour penser un objectif et recueillir les besoins, il est utile de prendre soin du temps nécessaire à ce processus.

Le temps participe à l’accueil de ce qui se dit, se pense et s’éprouve. Trop court ou pas sécurisant, le temps ne laisse plus alors l’espace et la durée  nécessaire à l’expression de l’intime, au questionnement personnel, aux deuils, aux choix de se vivre et aux actes de se réaliser. Le temps aide à se définir et à se situer. Chaque instant qui passe offre son lot de réflexions, d’enseignements et de réponses aux questionnements. Le coaching de vie permet d’être riche du temps qui s’écoule, des perspectives déployées et des changements opérés.

Comment  concrètement prendre soin de ce temps inhérent à toute démarche d’accompagnement ? Il s’agit pour le coach de vie de réfléchir à la structure temporelle qu’il souhaite élaborer et proposer dans son cadre de travail. Afin de faciliter cette élaboration, nourrissons  l’image de cet espace / temps comme s’il s’agissait d’une enveloppe, d’une seconde peau protectrice, filtrante et sécurisante. Rappelons la fonction d’étayage du temps qui se propose, qui laisse au sujet la durée nécessaire au développement de son questionnement, aux explorations de toutes sortes, à l’élaboration de son objectif, à la validation et la réalisation de celui-ci. On ne dira jamais assez l’importance et la fragilité du temps qui s’écoule, du juste temps nécessaire pour questionner, chercher, laisser advenir et permettre qu’une idée dans la précipitation n’en chasse pas immédiatement une autre. Proposer du temps au temps… Le temps devient l’alibi d’un processus qui, à son rythme, prend forme et donne de la consistance aux actes posés.

Accompagner, c’est s’offrir mais aussi offrir un temps balisé, repéré et ouvert

Dans le quotidien du coach de vie comme du coaché, la notion de temps est interrogée. Le premier exemple avec la durée de la séance : une heure, une heure trente, deux heures ? Combien de séances avant de parvenir à l’objectif fixé ?  Quelle durée envisager pour une mission de coaching de vie? Quel temps à prévoir entre les séances pour se préparer à accueillir au mieux le client ? Et le temps pour écrire sa propre phénoménologie suite à une séance mouvementée? A quel moment prendre le temps de son écriture ? De suite après la séance ou plus tard en fin de journée ? Etre accompagnant, c’est se donner mais aussi offrir un temps balisé, un temps repéré et planifié.

Rappelons que pour le coach de vie, accueillir le temps et le vivre en conscience, c’est lui permettre de :

  • Proposer un cadre professionnel référentiel en l’ajustant patiemment et constamment.
  • Se préparer avant chaque séance afin de s’ancrer et se centrer au mieux.
  • Respecter scrupuleusement le temps de la séance.
  • Cadencer la séance en trois temps : celui de l’accueil, du déroulement du vécu et en fin de séance, le bilan de celle-ci.
  • Prendre le temps d’une respiration complète avant chaque relance par une question ouverte.
  • Intégrer le silence comme un temps nécessaire, en ne cherchant pas à le combler.
  • Accueillir rigoureusement le client à l’heure. Terminer la séance avec le même rapport au temps quoi qu’il soit en train de dire ou de raconter.
  • Se donner le temps de ressentir son corps, d’observer ses pensées, d’accueillir ses émotions.
  • S’enrichir du temps consacré à son auto-évaluation à un moment de la journée. Se donner le temps d’une introspection.
  • S’impliquer régulièrement dans des supervisions du vécu professionnel.
  • D’entraîner son corps à être là, pleinement respirant et accompagnant, conscient de ce qui se joue dans la relation avec le client et de relever les transferts et les contre-transferts potentiels.
  • Se donner le temps de percevoir le mouvement qui anime le client, dans ses moments d’exploration comme de réflexion et de maturation.
  • D’accepter d’entendre l’écho de ce qui s’agite en soi.
  • S’accorder du temps pour questionner son éthique et sa déontologie.
  • Laisser le temps devenir un élément majeur dans la constitution d’une relation de confiance entre le coaché et le coach de vie.
  • Rendre possible la naissance et la croissance d’une sécurité relationnelle.
  • Renforcer la posture d’accompagnant.
  • D’intégrer la notion de la constance dans l’exercice de la pratique.

Et pour le coaché, qu’apporte cette temporalité ?

  • Une durée nécessaire pour tracer le lien entre sa demande, l’évocation de son manque, l’expression de son besoin et la réalisation de son objectif de vie.
  • Une mise en conscience des liens de cause à effet constituant son parcours.
  • Un temps utile pour que la parole se délie, pour qu’une histoire se raconte, pour qu’un futur s’imagine et se matérialise par un objectif atteignable.
  • Disposer un délai nécessaire pour aller au bout du bout de son histoire.
  • Une durée adéquate pour qu’il puisse oser, se confier et accorder sa confiance au coach de vie.
  • Des moyens de revisiter ses ressources et de leur attribuer davantage de consistance et de réalité.
  • De modifier et de poser un autre regard sur les personnes, sur la nature des relations et les situations passées et présentes.
  • La possibilité de repérer les résistances, les blocages, l’origine des tensions, les nombreuses répétitions et d’avoir le temps de les identifier avec précision et lucidité.
  • De pouvoir s’offrir un espace relationnel sûr, solide, sans jugement, pouvant accueillir son monde intérieur sans a priori, et ce, dans la durée.
  • D’inscrire dans le temps, ce qui fait sens pour lui.

Femmes et hommes contemporains courent après tout ! Le temps, l’argent, les obligations, les courriels, les amis, les amours. Tout se vit en accéléré et le rythme de vie devient effréné. La vie file entre les doigts, l’immédiat règne, tout va trop vite et cette sensation que rien ne peut ralentir le rythme engendre stress et angoisse.

L’accélération des moyens de communication, la simultanéité des informations et la rapidité à consommer, ne permettent pas de jouir du temps présent. Et ce n’est pas quelques instants de culpabilité ou de frustration qui vont changer le mode de vie. Tout au plus la question du sens va interpeler le sentiment de réalité et d’identité.

C’est dans cette frénésie au quotidien qu’émerge en pointillé le désir de reprendre possession de certaines valeurs et vertus, de l’intérêt pour un rythme plus conforme à la nature humaine, et même audace suprême ( !) de trouver du plaisir à la lenteur, au temps qui s’écoule…

Offrir du temps au temps, ce n’est pas seulement s’accorder une heure par semaine de yoga, de méditation ou de natation. C’est s’offrir la liberté de ne pas tout vivre ce qui se présente mais de vivre plus intensément certains choix. Le coaching de vie, au-delà de la demande initiale ou de l’objectif posé, est précisément un espace dans lequel proposer du temps au temps est essentiel.

Et plus que cela encore, le temps accordé à entendre le coaché restaure un sentiment d’appartenance à l’humanité. Etre présent et lui laisser le temps de la réflexion, du questionnement, de l’exploration de nouvelles ressources est essentiel. Ce temps n’implique pas pour le coach de vie de le remplir, de l’occuper par la parole. Parfois les silences font plus que des paroles… Avant tout, il s’agit pour lui de rester attentif, bienveillant, accueillant avec dignité la personne présente.

Ce temps qui s’installe dans cette proximité relationnelle contribue à faire exister le sentiment d’être relié et pleinement existant. Le temps est un élément de la rencontre, à la fois insaisissable et précieux. Accorder du temps au temps, c’est prendre soin de la relation à l’autre. C’est accorder à des questions sur le sens de la vie, sur le besoin de s’accomplir, sur la singularité et la consistance d’un vécu, des conditions temporelles suffisantes.

Texte Roger DAULIN
Coach de vie
Directeur de Ecol’COACH

 


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